[24heures] Les sociétés de jeunesse partent à l’assaut des villes

Après Nyon il y a une année, c’est la ville de Morges qui accueille sa société de jeunesse campagnarde. Paradoxal?

 

«Coordonner les jeunes forces campagnardes, vigneronnes et montagnardes en unissant les sociétés de jeunesse vaudoises.» C’est ainsi que les statuts de la Fédération vaudoise des Jeunesses campagnardes (FVJC ou «Fédé») présentent le but de ladite association. Dans cette ambition, aucune mention de «la ville», ce mot à connotation souvent négative quand il est évoqué autour des tonnelles de giron.

Cela n’a pourtant pas empêché Anthony Tammaro de lancer la Jeunesse de Nyon en avril 2016, avec deux copains. «C’est une histoire de famille, raconte-t-il. Mon père faisait partie de cette société à l’époque. J’ai vécu à Nyon et, même si j’habite Saint-George aujourd’hui, c’est là-bas que j’avais envie de me lancer dans l’aventure.» Le phénomène semble contagieux puisqu’une nouvelle société a également vu le jour à Morges il y a un peu plus d’une semaine. «Je passe beaucoup de temps avec la Jeunesse de Perroy, dont mon petit ami fait partie, explique Arthéna Savaux, sa présidente. J’aime beaucoup ce côté familial et la solidarité qui ressort de leur groupe. J’ai donc eu envie de vivre ça chez moi.»

État d’esprit partagé

Des Jeunesses campagnardes en ville, cela peut surprendre. «Pour moi, c’est une bonne chose, confie Raphaël Junod, président de l’organisation du Giron du pied du Jura 2018 à Grancy. Je vois là une belle opportunité de créer des ponts entre ville et campagne.» Si les exemples de Nyon et de Morges sont les plus récents, d’autres sociétés «de ville» existent depuis longtemps. C’est notamment le cas d’Écublens-Chavannes. «En termes de nombre d’habitants (ndlr: 12 560), la commune d’Écublens est une ville, explique Kevin Weyermann, président de l’organisation. Mais nous avons toujours eu pour slogan «Ville et campagne». Donc nous prônons fièrement le côté campagnard de notre localité.» Et le message passe plutôt bien auprès des citoyens. «Nous leur expliquons ce que cela représente de faire partie d’une société comme la nôtre et les diverses activités qui sont pratiquées. Nous accueillons les jeunes quels qu’ils soient et souvent, même s’ils ne connaissent rien de ce monde, ils s’adaptent très vite.»

Si les relations avec les villes se passent bien, ce n’est pas toujours le cas auprès des autres sociétés campagnardes. «Il faut un peu s’imposer, sourit Julian Campo, président de la Jeunesse du Mont-sur-Lausanne. Nous avons organisé un giron en 2012 pour montrer ce dont nous étions capables. Nous avons encore des très bons retours aujourd’hui et tout le monde nous considère comme une vraie Jeunesse campagnarde malgré notre proximité avec la ville.» Et son homologue d’Écublens d’ajouter en riant: «Parfois on nous traite de «Jeunesse de ville» mais c’est sur le ton de la rigolade et on le prend très bien.»

Car si toutes ces sociétés «urbaines» fonctionnent, c’est que l’esprit véhiculé reste le même que celui de leurs consœurs campagnardes. «Je ne vois pas le problème de créer une Jeunesse en ville, explique Arthéna Savaux. Le but est toujours de rassembler et de passer de bons moments ensemble. Le fait d’être dans une plus grande localité n’est à mon sens pas incompatible avec la mentalité campagnarde.»

Rôle d’ambassadeur

D’autant plus qu’il existe certains avantages à être «de la ville». «Le bassin de population est plus grand, confirme Julian Campo. Quand on organise quelque chose, il y a vite beaucoup de monde. Il y a aussi plus de salles à disposition. Ce n’est pas négatif.» Pour Kevin Weyermann, le fait d’être une société urbaine soulève un élément essentiel: «Nous avons un rôle d’ambassadeurs. À travers nous, les gens de la ville se rendent compte de ce que le mouvement représente. C’est concret.»

Et Anthony Tammaro de conclure: «Nous avons obtenu l’organisation du Giron des Jeunesses nyonnaises l’année prochaine. On aimerait faire passer le corso fleuri à travers la ville, histoire que tout le monde puisse voir que nous travaillons dur pour mettre sur pied des manifestations conviviales et casser cette image de paysans qui ne font que boire des verres entre eux!»

 

Article original: https://www.24heures.ch/vaud-regions/la-cote/societes-jeunesse-partent-assaut-villes/story/21374187